Francofolies 2026 : quand Nashville s’invite à La Rochelle
À l'occasion des Francofolies de La Rochelle, la soirée "French Stories from Nashville" a réuni cinq artistes passionnés autour d'un objectif commun : créer un pont entre la scène française et la capitale mondiale de la country. On Parle Country Music y était.
C’est une soirée peu commune et inattendue qu’ont offert le festival des Francofolies de La Rochelle, son directeur Gérard Pont ainsi que la SACEM ce dimanche 12 juillet. Avec leur création “French Stories from Nashville”, la country music US et la chanson française n’ont fait qu’un le temps d’une traversée entre le Tennessee et la francophonie…
Après une première partie teintée de douceur offerte par l’artiste folk franco-britannique Augusta, les techniciens de la salle bleue de La Coursive se sont activés comme une fourmilière pour installer sur scène un tapis, un canapé en cuir, des fauteuils, bougies et luminaires… Et par cette ambiance cosy, j’ai tout de suite compris que j’allais assister à un moment tel que j’ai pu en vivre à Nashville au Bluebird Cafe ou à la Listening Room avec leurs “Writers Round”.
Les “Writers Round”, ce sont ces soirées où quelques songwriters se retrouvent devant une petite audience pour jouer certaines de leurs créations - souvent pour la première fois - afin de tester les réactions du public, et raconter leurs inspirations ou leurs cheminements créatifs.
C’est d’ailleurs le point de départ de cette histoire : les 5 artistes présents ont en effet été réunis par la SACEM et le label US One Riot lors d’une retraite d’écriture à Biarritz puis Nashville. Emmenés par le “french country singer” Baptiste W. Hamon, la petite équipe composée de Katie Pruitt et Karalyne Winegarner venues de Nashville, Morgane Imbeaud (ex Cocoon) et Adela Jens ont parfaitement réussi à recréer l’univers intimiste et sacré des lieux emblématiques où se retrouvent les songwriters de Music City.
Après nous avoir partagé quelques créations issues de leur retraite passée ensemble avec des chansons où se mêlaient malicieusement langue française et américaine, les cinq artistes ont rendu hommage aux songwriters country US les ayant inspirés avec John Prine ou Townes Van Zandt en passant par Dolly Parton dont la qualité de la plume est encore sous-estimée à ce jour.
“La musique country souffre d’un problème d’image” nous explique Baptiste W. Hamon avec tout son naturel. “En France, on voit ça comme la musique ringarde que les américains utilisent pour danser dans leurs ranchs mais en réalité, c’est un genre très riche et tout le monde en écoute sans s’en rendre compte. Même en France !”
À travers leurs interprétations, ils ont donc mis en évidence les liens - complètement méconnus du grand public - qui unissent ce répertoire à la chanson française en nous chantant “Salut les amoureux” de Joe Dassin et “Les portes du pénitencier” de Johnny Hallyday qui sont originellement traduits de classiques country américains, ou encore “That’s how I got to Memphis” de Tom T. Hall qui a abouti à un incontournable d’Eddy Mitchell sur nos terres.
Dans une ambiance détendue, les artistes nous ont offert un beau moment avec des arrangements musicaux faussement simples et des harmonies vocales d'une finesse rare. Le public présent a aussi pu découvrir Katie Pruitt qui, comme beaucoup de songwriters de Nashville, dispose d’une vraie qualité d’interprétation emprunte de sincérité. Portées par une voix puissante et éraillée, ces qualités lui ont permis de captiver son audience à chaque instant, en plus de nous avoir exposé de grands talents de musicienne entre solos de guitare et d’harmonica.
En terminant sur une version franco-américaine de “500 Miles” d’Eddy West connue ici comme “Et j’entends siffler le train” de Richard Anthony, les créateurs / organisateurs / acteurs de cet évènement pouvaient se féliciter d’avoir réussi leur pari : sous la chaleur accablante de la canicule rochelaise, je me suis senti de retour à Nashville le temps d’une soirée, et toute la salle a apprécié ce voyage.